L’origine de l’étoile rouge d’Heineken et de San Pellegrino

L’origine de l’étoile rouge d’Heineken et de San Pellegrino

Ce n’est pas exactement l’étoile du berger mais tout le monde l’a repéré et ses adeptes sont aussi nombreux que divisés. C’est l’étoile rouge à cinq branches que vous connaissez bien sur les bouteilles de San Pellegrino, sur les Converse, sur les bouteilles de bière Heineken, sur le logo des magasins Macy’s aux États-Unis, sur les maillots du Red Star FC ou du Red Star Belgrade… 

Mais voilà, depuis 1918, l’étoile vermillon a été cousue sur les uniformes de l’Armée Rouge puis plantée sur les tours du Kremlin et les gratte ciels staliniens et elle frappe les drapeaux de tous les pays et mouvements qui ont une histoire « socialiste » : la Corée du Nord, la Chine, Cuba, le Vietnam mais aussi la Fraction Armée rouge des terroristes allemands et des Brigades rouges italiennes. La Russie n’est plus officiellement communiste mais l’étoile rouge orne toujours la bannière de ses forces armées et également celles de la Biélorussie et du Kazakhstan. 

Du coup, l’étoile rouge provoque des débats de guerre froide dans le monde post communiste. En 2017, des députés hongrois du Parti de Viktor Orban souhaitaient « interdire l'utilisation de symboles des régimes totalitaires comme le national-socialisme ou le communisme ». Visée : Heineken et son étoile rouge qui était susceptible de blesser la « sensibilité des Hongrois » qui ont « souffert du communisme. » A l’inverse, en 2016, Vadim Soloviev, un député communiste à la Douma russe, demandait au gouvernement d’assurer « la protection de [leurs] symboles, y compris l’étoile rouge – le symbole de la victoire qui apparait sur nos drapeaux militaires » et qui est utilisée à des fins commerciales par des entreprises non-russes….

Ces eczémas stellaires ont un peu décru d’intensité. Pour une raison assez simple. La plupart de ces étoiles rouges ont été apposées sur des produits commerciaux bien avant que Lénine ait terminé ses premiers biberons. Heineken a été créé en 1863, les magasins Macy’s en 1858 et San Pellegrino a adopté son design en 1906 !  L’étoile rouge ? Une sorte de label d’excellence commerciale qui remonte sans doute à une tradition des… brasseurs de bière au Moyen Âge.

Bon, là on se perd un peu en conjectures et on rentre dans l’a peu près de la genèse. Hypothèse : l’étoile qui comptait six branches comme l’étoile juive renverrait aux symboles alchimiques de la science de la fermentation des brasseurs : l’eau, la germination, la saccharification, l’air, la fermentation, et la chaleur….

Il semble en tous cas que cette étoile des brasseurs à six branches a commencé à décliner au XVIIIe siècle : l’étoile de David gardait les six branches et celle des brasseurs passait à 5 comme on peut l’observer sur la bouteille de San Pellegrino et d’Heineken. 

Vous savez presque tout. Sauf sur l’origine de l’étoile rouge léniniste. Là aussi, c’est le big bang.  Théorie 1 : des étoiles d’étain grises auraient été données à la garnison russe de Moscou à la fin de la première guerre mondiale que les bolcheviks ont ensuite peintes en rouge. Théorie 2 : un adepte de l’esperanto, un certain Nikolaï Krylenko, portait une étoile verte au revers de sa veste et avait fait connaissance de Léon Trotski le chef de l’armée rouge. L’explication symbolique a beaucoup plu à Léon : les cinq bras de l’étoile représentaient chacun un continent. Autant de terres de conquête pour le communisme universel. 

Théorie 3 : la plus perchée. C’est en 1908, que des journaux communistes commencent à utiliser le symbole suite à la parution du roman « l’étoile rouge » signé Alexandre Bogdanov – ca ne s’invente pas – qui décrit une civilisation communiste à haute technologie qui s’est développée sur la planète Mars… Un texte déjanté de SF prolétarienne paru une première fois en France dans le quotidien Le Populaire de Paris, organe central du Parti Socialiste (S.F.I.O.)

Bref on retrouve au bout du compte l’étoile du berger mais un peu beaucoup maquillée avec des rois mages recyclés en commissaires politiques et qui chantent des cantiques signés Eugène Pottier. 

Guillaume Malaurie