Un verre de trop

Un verre de trop

NOUVEAU ! En partenariat avec les Éditions Les Belles Lettres, une leçon de vie grecque ou romaine par un grand auteur de l'Antiquité

« Un verre de trop » par Platon (Ve-IVe siècles avant J.-C.) qui dans Les Lois, avertit des conséquences néfastes de l’ivresse parentale sur l’enfant à venir…

Boire jusqu’à l’ivresse n’est nulle part convenable, sauf aux fêtes du dieu qui a donné le vin, ni sans danger, surtout quand on songe au mariage, où il sied que la fiancée et le fiancé aient particulièrement leurs esprits au moment de faire un pareil changement dans leur vie, et en même temps pour que l’enfant soit toujours engendré le plus possible par des gens maîtres de leur raison ; car on ne sait guère quelle nuit ou quel jour, Dieu aidant, lui donnera l’être. En outre, on ne doit pas faire des enfants quand les corps sont dissous par l’ivresse. Au contraire, pour se constituer l’embryon veut l’ordre : ferme, stable, tranquille. L’homme pris de vin donne et reçoit des chocs de toutes les manières, enragé qu’il est dans son corps et dans son âme : l’ivresse engendre donc de travers et mal, de sorte qu’elle a chance de produire des êtres mal venus, sans garantie, et aucun caractère, aucun corps qui marchent droit. Aussi faut-il, de préférence l’année et la vie entières, mais plus encore tout le temps que l’on procrée, veiller à ne rien faire volontairement de malsain, rien qui tienne de la démesure ou de l’injustice, car cela pénètre et s’imprime dans le corps et l’âme de l’enfant et on donne fatalement le jour à des êtres de toute façon misérables ; mais c’est, par-dessus tout, ce jour et cette nuit-là qu’il faut s’abstenir de pareilles fautes ; car le commencement est un dieu qui, en s’établissant chez les hommes, sauve toutes choses, si chacun de ses dévots lui rend l’honneur convenable.

Les Lois, VI, 775b

 

Extrait de « Minus », de Charles Senard et Louise De Courcel, entretien avec Diane Drory (éditions Les Belles Lettres, coll. « Signets Belles Lettres » dirigée par Laure de Chantal, 2010, 344 p., 15 euros et 10,99 euros en epub).